La Ville de Nîmes inaugure la reconstruction du monument Bernard Lazare dans les jardins de la Fontaine

  • Communiqué de presse

La Ville de Nîmes inaugure ce dimanche 14 décembre 2025 la reconstruction du monument dédié à Bernard Lazare, journaliste nîmois, écrivain engagé et premier défenseur du capitaine Dreyfus. La statue, détruite en 1942, retrouve aujourd’hui sa place historique dans les Jardins de la Fontaine, 116 ans après son inauguration de 1908.


Publié le 12 décembre 2025 Document


Un projet mémoriel majeur

Porté par le Collectif Histoire et Mémoire et accompagné par la Ville de Nîmes, ce projet vise à rendre hommage à une grande figure nîmoise trop longtemps oubliée. « Ce projet de reconstruction vise à redonner à Bernard Lazare sa place dans l’espace public et dans la mémoire collective. Ce premier Dreyfusard a été injustement oublié » explique David Storper, président du Collectif histoire et mémoire. À partir de documents anciens – notamment des cartes postales d’époque – une première maquette en terre cuite puis un modèle en plâtre ont été réalisés. Ils ont servi de base à la sculpture finale, haute de cinq mètres, taillée dans la pierre de Lens par l’Atelier Bouvier (Les Angles, Gard), reconnu dans toute l’Europe pour son expertise et son travail L’Atelier Bouvier a notamment contribué à la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, de à celle de la Maison Carrée, et à la consolidation de blocs antiques des Arènes de Nîmes.

Quatre artisans ont été mobilisés plusieurs mois pour recréer le buste, l’allégorie et l’appareillage, constituant un monument de 22 tonnes. Parmi eux, le sculpteur Pascal Larsonneur, également sculpteur en chef sur la reconstruction de Notre-Dame de Paris et décoré de l’Ordre national du Mérite, a joué un rôle central dans la réalisation de la nouvelle statue.

Un symbole nîmois de liberté et d’humanisme

L’œuvre retrouve son emplacement originel aux Jardins de la Fontaine, lieu historique de rassemblements citoyens. « Enfin Bernard Lazare retrouve symboliquement Antoine Bigot et Jean Reboul dans nos Jardins de la Fontaine. Cette figure intellectuelle fait partie du patrimoine nîmois » explique Jean-Paul Fournier, Maire de Nîmes.
« Nîmes s’honore de compter Bernard Lazare parmi ses fils, maillon de la liberté de pensée, de culte et d’action qui est la devise de notre ville. Le premier défenseur d’Alfred Dreyfus demeure l’une des consciences humanistes majeures, à l’échelle universelle », souligne Daniel-Jean Valade, adjoint au Maire délégué à la Culture. 
Ce retour s’inscrit dans une démarche mémorielle citoyenne, soutenue par une souscription publique ayant mobilisé plus de 200 donateurs pour ce projet qui représente un budget de 226 000 €. 
La Ville de Nîmes a financé en parallèle son installation (travaux préalables de dégagement du socle et sondages, études géotechniques pour la vérification de la portance, travaux de maçonnerie et réaménagements) pour un montant 80 000 €. 
« Ce monument sera plus qu’un hommage : un symbole. Il incarnera la défense du patrimoine, la lutte contre toutes les discriminations et l’attachement à une presse libre et à la vérité », ajoute David Storper.

Une résurrection pour les 160 ans de la naissance d’un Nîmois d’exception

Démontée par les nazis en 1942, la statue de Bernard Lazare renaît à l’identique, à l’occasion du 160e anniversaire de sa naissance. L’inauguration du nouveau monolithe de 5 mètres de haut marque l’aboutissement de deux ans et demi de travail du Collectif histoire et mémoire, de l’Atelier Bouvier et de l’ensemble des partenaires.

Bernard Lazare : un Nîmois devenu conscience universelle

Né à Nîmes le 14 juin 1865, rue de Bernis, il étudie au lycée de garçons (actuel lycée Daudet) avant de rejoindre la Société littéraire et artistique de Nîmes. À 21 ans, il s’installe à Paris et devient l’une des plumes les plus incisives de son époque. Engagé sur tous les fronts – anarchisme, sionisme, défense des Arméniens, liberté de la presse – il s’impose comme une figure incontournable de l’indépendance d’esprit. Dès 1894, deux ans avant le célèbre J’accuse de Zola, Bernard Lazare devient le premier défenseur d’Alfred Dreyfus. Il meurt en 1903, à 38 ans, sans voir la réhabilitation de Dreyfus en 1906. La même année, la Ville de Nîmes renomme la rue Saint-Bernard en rue Bernard-Lazare et crée un comité chargé d’ériger un monument en son honneur. Une souscription est lancée en 1908 et le monument, réalisé par les sculpteurs Hippolyte Lefebvre et Paul Roger-Bloche avec l’architecte Max Raphel, est installé aux Jardins de la Fontaine, où il est inauguré le 4 octobre 1908. L’événement est marqué par des tensions avec l’Action Française, mais aucun incident majeur n’a lieu.

Histoire du monument : de la destruction à la reconstruction

  • 1908 : inauguration de la statue par Hippolyte Lefebvre, Paul Roger-Bloche et l’architecte Max Raphel.
  • 1909-1912 : dégradations répétées (visage martelé, encre sur l’allégorie).
  • 1942 : dépose du monument pendant l’Occupation ; les éléments sont déplacés au Musée du Vieux Nîmes.
  • Selon des témoignages, certaines pièces auraient été réemployées en 1949 pour le monument aux Martyrs de la Résistance.
  • 1966 : pose d’une plaque signalant l’emplacement.
  • 1980-1990 : plusieurs projets de nouvelle statue (Karavan, Boltanski), sans aboutir. – 1994 : inauguration d’une plaque sur la maison natale de Bernard Lazare.
  • 2025 : Aujourd’hui, le monument renaît à l’identique, fidèle à l’esprit des sculpteurs et à la mémoire de Bernard Lazare.

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